• Zéba

Le vocabulaire colonial dans nos bouches


Il y a tellement de choses que nous avons l’habitude de dire sans porter attention à leur signification.

Certains mots nous dérangent car ils ont une forte connotation négative pour nous, et d’autres nous sont devenus habituels alors qu’ils ont une réelle signification négative.


Parmi les mots dérangeants : aborigènes, indigènes, autochtones. Pour beaucoup de personnes se sont des mots très péjoratifs tout simplement parce que dans nos histoires ils ont été liés au mot sauvage. Mais en fait ils font seulement allusion à une population reconnue comme première occupante d’un territoire donné. Durant la colonisation ces populations ont été caractérisées de sauvages à qui il fallait apporter éducation et civilisation. Chaque territoire occupé à ses premiers occupants désignés dans l’histoire donc ces termes n’ont rien de péjoratifs en eux-mêmes. Ce sont de simples définitions.


L’utilisation de ces mots est pourtant aujourd’hui un problème malgré leurs définitions neutres. Cette utilisation me dérange car elle contribue à une sorte de déni des peuples. Stratégie qui a elle-même été importante lors de la colonisation.


Je m’explique. Avez-vous déjà entendu parler des autochtones en Europe ? Non ? Et pourtant c’est la population qui occupe majoritairement ce continent. Mais on ne dit pas les aborigènes d’Europe, on dit des suédois ou des italiens. On reconnait l’existence de plusieurs peuples structurés et distincts. L’utilisation des mots autochtones, indigènes ou aborigènes, très généralistes, donne une impression de population informe sans nom qui ne vaut pas la peine qu’on sache de qui il s’agit vraiment. Donc même si ces mots ne me posent aucun problème, leur utilisation conditionnée me dérange profondément.


Tout comme l’utilisation du mot « noir ». Je ne comprends pas qu’une couleur puisse à elle seule définir un peuple. Et si je m’interroge, depuis quand les noirs sont juste des noirs ? Il me semble bien que ce soit un concept colonial. Concept qui permit de faire de toute la population d’un continent, un groupe de personne porteur d’une infamie, en opposition au « blanc ». Je me rappelle cette remarque faite aux personnes qui ne se considéraient pas noires mais plutôt marrons ou brunes « Ces distinctions sont inutiles car pour les blancs, nous sommes tous noirs », ou « tout ce qui n’est pas blanc est noir ». N’est ce pas continuer à se regarder à travers les yeux du colon ? Nous avons une couleur (magnifique en plus), mais sommes-nous juste une couleur ? Pouvons-nous parler d’un peuple blanc, ou d’un peuple jaune ?

Quand on me parle du peuple noir, je demande souvent si dans les propos en question sont inclus les « aborigènes » d’Australie ou les indiens ? Généralement on me répond oui parce qu’ils viennent d’Afrique. Mais ça se complique, car les irlandais roux aux yeux verts viennent aussi d’Afrique.

Une couleur de peau ne suffit pas à définir un peuple, il faut des liens familiaux, des valeurs, des pratiques, des croyances et des règles communes.


C’est comme le fait de parler à tout va des africains. Cela rentre aussi, pour moi, dans le sens du déni des peuples qui composent l’Afrique. Cette généralisation contribue de plus à nous faire assimiler en bloc les manipulations médiatiques sur l’Afrique. Pour beaucoup, Afrique rime avec corruption politique, sida et famine. Alors que les problématiques du Congo ne sont pas celles de l’Ethiopie et encore moins celles de l’Afrique du Sud. De plus, plusieurs pays se distinguent par leur développement exemplaire et leurs innovations. Parler de l’Afrique entretient dans l’imaginaire un concept destructeur. Si ce continent nous semble si important, alors apprenons ses peuples et ethnies. Tous les « jaunes » ne se ressemblent pas, de même que les « rouges » ou donc les « noirs ». Réapprenons donc le respect des peuples.


Nous pouvons ainsi passer en revue beaucoup d’habitudes qui nous semblent anodines.

Moi j’en suis arrivée au point ou même dire’"Amérique" me dérange. Car nous devons ce nom à cet européen migrant Amerigo Vespucci. Cette façon de donner un nom à des choses, comme s’ils étaient Adam dans le jardin d’Eden… Nommer veut dire donner naissance, faire exister, faire rentrer dans notre monde. Sachant que ce magnifique continent n’a pas commencé à exister à partir du débarquement des colons, ce nom me dérange. Les Inuits ont revendiqué d’être appelé ainsi. En effet « esquimaux », nom donné par les colons signifie mangeurs de viande. C’est une démarche très saine que d’être capable d’affirmer une identité choisie.


La notion même de Guyane en tant que territoire défini par les colons dans leur partage du continent, me dérange. Ces frontières qu’ils ont placées, déplacées dans leur rage de conquête et dans une dynamique de rivalité ne peut me définir. La question s’est réglée le jour où un grand homme m’a dit que je n’appartenais pas à la Guyane mais à l’Amazonie. Je me suis sentie en phase avec cela.


Vous me direz peut-être que si on s’amusait à tout remettre en question cela créerait un bouleversement planétaire. Est-ce que ce ne serait pas ce dont nous aurions besoin ? Un retour aux vraies valeurs, nous émancipant ainsi des bases posées par une colonisation capitaliste. D’autant qu’il est évident qu’il ne suffit pas de poser des frontières et de déclarer à des gens qu’ils appartiennent à une nation, surtout quand leur propre famille née de l’autre côté de la ligne devient étrangère.


Peut-être pouvons nous nous accorder la liberté de repenser nos identités et nos valeurs.

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