• Zéba

La représentativité des "Noirs" en France


Je vais aborder un sujet qui fâche aujourd’hui, mais ce sont aussi des choses à aborder.

Nous, personnes afro-descendantes sur des territoires gérés par le gouvernement français, nous avons grandi entourés de représentations françaises. Tout notre environnement visuel est truffé de personnes qui ne nous ressemblent pas. Et pour beaucoup, ceci représente un réel problème de négation de leur personne.


On parle de la place centrale du blanc dans les contes. Tout ce qui est beau et bien est blanc. On parle de la représentation des « noirs » à la tv ou de la difficulté pour les acteurs de trouver des rôles qui ne soient spécifiquement en lien avec leur couleur, ou de trouver des rôles tout simplement.

On parle de la discrimination raciale lors des embauches.

Enfin, il y a toute une série de problèmes que chacun peut observer quasiment au quotidien.

Pour ma part, ces situations ne me posent aucun problème. C’est le fait qu’elles soient un problème pour les personnes concernées qui me dérange.

Même si nous en savons de plus en plus sur notre histoire, je me demande si la plupart des gens sont conscient de son sens. Sont-ils conscients de ce que cela signifie concrètement ? Ou sont-ils dans une démarche aveugle d’assimilation.


La France, est un territoire peuplé par des caucasiens. Il me semble tout à fait logique et naturel que dans leurs contes il soit question de personnages qui leur ressemblent. C’est le principe même d’un conte, véhiculer des images et des valeurs propres à une culture donnée. Il a-t-il des asiatiques dans les contes africains ? Il y a-t-il des inuits dans les contes aborigènes ? Non et cela ne vous étonne pas. Alors pourquoi s’attendre à ce que vous soyez représentés dans des histoires conçues sans vous ?

Et les « noirs » à la tv ? C’est un drame que de passer sa vie à regarder des étrangers à la tv. Je me rappelle la première fois que je suis venue en France. C’était magique, une sorte de Disney Land à grandeur nationale. Je voyais les gens de la télé en vrai ! En fait c’est comme si j’étais rentré dans la télévision !

C’est ce que nous subissons sur le contient américain, nous regardons la vie, les meurs et les histoires d’un autre peuple. Mais ce sont leurs chaînes de télévision ! Qui aurait idée de demander au Vietnam de mettre plus d’autochtones d’Amérique sur ses chaînes télévisées ou dans ses compagnes publicitaires ?


Le problème n’est pas dans le fait de ne pas être représenté dans les médias d’un peuple, c’est de croire qu’il y est obligé. C’est de penser, qu’il faille absolument que ce soit l’autre qui prenne le soin de nous valoriser. Je considère que personne n’est dans l’obligation de me mettre en avant, c’est mon devoir, ma responsabilité de valoriser ce que je suis et peu importe le regard des autres. Je n’ai pas besoin que l’on me créée une place, je me la construis. Tout comme l’autre s’est construit la sienne.

Et l’embauche, je comprends que tout le monde soit outré face à cette discrimination, mais qu’est ce qui est naturel. Moi je le reconnais, si demain j’ai l’occasion de favoriser un camarade en Angleterre, je le ferai. Parce que ça me fera du bien de faire du bien à quelqu’un qui me ressemble. Naturellement, il en est ainsi. C’est humain, c’est animal. Instinctivement, quand nous ne sommes pas traumatisés, déformés, détournés, conditionnés, nous favorisons nos semblables. Le problème n’est pas qu’un européen favorise un européen, tout comme le ferait les asiatiques. Le problème est que nos peuples s’attendent à être favorisés par des étrangers. L’autre problème est qu’ils ne se favorisent même pas entre eux.


C'est à nous de reconstituer notre histoire. C'est à nous d'éduquer nos enfants selon ce qui nous semble important, c'est à nous de décider de notre avenir. Comme des adultes responsables.

Nos failles nous amènent à demander à l’autre de nous aider à exister. Naturellement, notre instinct devrait nous amener à nous développer en développant nos propres moyens.

Nous connaissons plus ou moins notre histoire, mais nous ne la comprenons pas. La vérité est souvent violente, mais elle est la condition sine qua none pour la création et le développement.

Nous n’avons pas été accueillis sur le sol français. Ce n’est pas suite à un accord que nous avons décidé de partager nos territoires et de mélanger nos cultures. Nous avons été déportés !!!!!!

Tes ancêtres n’ont pas choisi d’être là, et leurs ancêtres n’avaient pas une envie de vivre harmonieusement avec eux. Alors quelle valorisation attends-tu aujourd’hui ? Ils n’avaient pas prévu, ni demandé qu’un jour tu fasses partie de leur société. La départementalisation des colonies n’est le résultat d’un référendum. C’est juste une stratégie d’exploitation coloniale d’un gouvernement capitaliste. Il est évident qu’il n’y avait aucune volonté du peuple français à se trouver de nouveaux cousins.


En réalité, le vrai problème est peut-être que tu n’es pas à ta place. Tu ne te sens pas à ta place et tu supplies l’autre de te légitimer une place car sinon, tu ne saurais quoi faire….

C’est ce malaise de fond qui créé des tensions. Je le sais car les afro descendants bien intégrés et assimilés se sentent en paix avec la société française. Ils ne se sentent pas gênés par toutes ses choses, elles font pleinement parties de leur système de pensée. Je le sais aussi parce que lorsque qu’une personne négroïde fait le choix de partir vivre au Japon, elle assume totalement cette culture et ces différences. Elle a envie de la comprendre et de l’intégrer. Elle ne se plaint pas de ne pas se « voir » à la télévision. Elle est consciente qu’elle n’est pas chez elle et que c’est tout à fait naturel. Il n’y a pas de tension en elle, et même lorsque c’est difficile, elle fait encore plus d’effort pour réussir dans son choix.


Je sais que je ne suis pas chez moi en France et j’assume ce que je suis venue y chercher.

Mais alors, me direz-vous, suis-je chez moi en Guyane ? Hé bien je crois qu’assumer notre histoire, ce n’est pas l’imposer, mais conjuguer avec. Et je pense que nous avons cette démarche à faire, ensemble, de dire « Nous n’avons pas choisi d’être là, et vous n’avez pas choisi de nous recevoir. Cependant nous sommes bien là, et autrefois vous avez contribué à ce que nous soyons bien. Alors que serait-il possible de créer ensemble, aujourd’hui?" Ceci est pour moi une démarche responsable, intègre et constructive. C’est une opportunité de créer quelque chose de nouveau. Opportunité qui n’existe pas sur le sol français. Ceci peut se faire lorsque nous comprenons que nous ne sommes pas des français occupants un territoire colonisé, mais des afro-descendants (entre autres) déportés sur une terre déjà occupée.

Et pour les Antilles, la tâche est encore différente en raison des conséquences lourdes de la colonisation. Mais l’idée est toujours de choisir notre propre destin. Pas juste d’assumer celui qui aurait été décidé pour nous.

Et si assumer notre histoire c’était réfléchir à toutes ces choses, comprendre où se situe notre place dans une société et travailler à notre propre développement.

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