• Zéba

Appelez moi Docteur!

Il y a quelques années, je discutais avec des étudiantes en psychologie comme moi et elles misaient sur moi pour un doctorat. Moi ?! Non !!!! J’ai bien d’autres choses à faire que convoiter un doctorat. Mais l’idée était tout de même plantée. C’est pour cela que lorsque la proposition m’a été faite par Alain GIAMI, chercheur à l'INSERM c’est tout naturellement que j’ai accepté.

Un an plus tard, changement de programme, je m’envole pour la Réunion et le projet de doctorat tombe à l’eau. Mais la vie étant étonnante, à la Réunion, je rencontre par un concours de circonstances Serban IONESCU (sur la photo), Psychiatre et Docteur en Psychologie, Professeur universitaire au Québec et à Paris ET celui qui a validé l'habilitation d'Alain GIAMI. J’y voyais là une superbe occasion de mettre à jour un projet doctoral. J’avais peu de temps pour le convaincre de prendre sous ses ailes une étudiante inconnue souhaitant faire un doctorat en Guyane. Les universitaires le comprendront, c’était un sacré challenge.

Objectif atteint, projet validé avec de magnifiques perspectives.


Mais voilà, ordinateur en panne et tout un travail irrécupérable. Puis clé usb volée. Puis nouvel ordinateur en panne. Etc.

En parallèle, d’énormes bouleversements dans ma vie, des virages serrés, des tensions, des ascensions, des chutes, et encore etc.

Et ce doctorat qui traîne alors que je sais pouvoir le terminer rapidement. Je me sens en capacité de le boucler, peut-être même avec panache, mais comme une vitre me sépare de ce succès.

Plusieurs années de suite, je me dis « C’est bon j’arrête », mais je repars pour un tour, oui je peux hargneuse.

J’ai des envies, des projets que je mets de côté en pensant à ce doctorat à finaliser.


Et puis il y a quelques semaines, j’ai fait quelques choses de violent : je me suis regardée en face pour me dire mes vérités : Ce projet ne me convenait pas du tout.

J’ai osé me dire que ma motivation à poursuivre était biaisée :

  • J’avais commencé quelque chose, il fallait absolument que je termine, question d’orgueil. En plus des gens savent que je fais ce doctorat, ce serait trop fun de le conclure;

  • J’avais le sentiment que m’arrêter là, revenait à trahir mon directeur de thèse. Il avait investi sur moi, m’avait fait confiance. Il est venu en Guyane pour qu’on y travaille ! Je ne pouvais pas déshonorer son implication;

  • J’avais aussi très envie de dire à certaines personnes, dont d’anciens professeurs qui avaient tenter de me nuire « Hé gars, devine quoi, je suis docteur. Alors on dit quoi maintenant ?! »;

J’ai osé reconnaître que les avantages de cette thèse ne me convenaient pas non plus:

  • Ma thèse démontrait les conséquences psychologiques de la colonisation. Mais dans la réalité les personnes concernées ne liront pas ma thèse et le gouvernement français connait très bien le concept de traumatisme historique ou celui de syndrome post traumatique collectif et en joui pleinement.

  • Ma thèse me donnait accès au grade de Docteur. Sauf que le titre de Docteur est protégé depuis une époque révolue et est réservé aux médecins. Bien sûr avec mon culot ça ne m’aurait pas empêchée de me faire appeler Dr ANATOLE. Sauf que Miss ANATOLE ne fait plus partie de mon quotidien au point que j’ai entamé les démarches pour faire apparaître Zéba Nokhtua sur ma carte d’identité. Et Zéba s’en fou des formalismes et conventions. Ses clients l’appellent Zéba et c’est tout.

  • Ma thèse aurait put me donner accès à une chaire de professeur dans une université. Tu me connais, tu me vois professeur aujourd’hui ??? J’ai besoin de liberté, de bouger, de dire des choses qui te déstabilisent;

  • Un poste intéressant ? Nah être employée me rend littéralement malade au bout d’un an;

  • De la crédibilité, je ne sais même pas si Jésus à été à l’école ! Je sais que les diplômes peuvent être impressionnant. Mais je sais encore plus que les réels compétences font un bruit énorme auprès de ceux qui en ont besoin;

  • Une reconnaissance? Sincèrement mes positions font que l'idée d'enrichir intellectuellement une institution française me rebute.

Je parle d’émancipation et cela passe pour moi par le fait de remettre en question mes valeurs pour me rapprocher de choses plus authentiques et profondes. Pas des normes, mais de moi. Et puis en fait tu vois, si un doctorat peut t’impressionner, dis-toi que je suis tellement balaise que j’ai refusé un titre après lequel d’autres courent.

Il y a aussi une chose que tu dois savoir. Penser que tu as quelques choses à faire, tous les jours, sans le faire, ça te bouffe une énergie incroyable. Sans compter la culpabilité ou l’auto sabotage sur d’autres projets que tu pourrais faire avancer.


Alors j’ai tranché ! J’ai pris un mois pour écrire un long mail à mon professeur. Ce mail est resté un mois dans mes brouillons et après plusieurs appels dans le vide de sa part (pardon professeur), j’ai fini par cliquer sur le bouton « envoyer ».

Quelle décision !

Tu sais ce qui s’est passé après ? Je me suis sentie mal ! Ouais j’étais frustrée, je n’aurais pas ce superbe titre honorifique. Mais en dehors de cette petite gêne, je me suis sentie libre ! Je pouvais enfin faire mille choses sans me dire « Mais enfin, sois raisonnable, travaille sur ta thèse ». Du coup j’ai posé la trame de mon premier roman, ça fait un moment que j’y pensais. J’ai recommencé à lire des livres (sans aucun lien avec ma thèse) et je me suis lancée dans mes nouvelles perspectives, celles qui étaient en attente.


Mon professeur a compris ma décision et je suis reconnaissante pour cette bienveillance. Comme il l’a dit, il m’a mentalement libérée d’une charge. Maintenant, je n’ai pas seulement un professeur (oui j’aime bien l’appeler ainsi), j’ai aussi un ami. Il n’aura pas la satisfaction de voir l’aboutissement de ce projet, mais des projets intéressants peuvent surgir.


J'ai eu plusieurs décisions à prendre ces derniers temps pas toujours évidentes, il me fallait un temps de réflexion puis d'assimilation.

Alors pourquoi je te partage cette longue histoire ? Parce qu’il est facile de se laisser embourber dans des situations qui ne nous conviennent pas, même si elles sont honorables. Il est facile de s’acharner à réussir sur une stratégie en oubliant que c’est l’objectif qui est important.

Mon objectif à moi n’était pas d’avoir un doctorat, mais d’impacter au maximum les peuples dont je suis issue. Pouvoir mieux les comprendre, mieux leur parler, mieux les accompagner vers une liberté psychologique. Mon objectif était de rayonner assez pour pouvoir enrichir un maximum de personnes de ce que je peux apporter. Et pour cela, un diplôme est un outil comme un autre, qui peut être plus ou moins efficace. Faire des études est un magnifique projet, un doctorat est une très belle récompense après un profond travail de recherche. Les études demandent de l'investissement, de la passion, de la consécration. Il doit juste vraiment correspondre à tes aspirations profondes.


Tu veux t’épanouir professionnellement ? Tu veux t’épanouir en amour ? Ce que tu vis actuellement te rapproche réellement de ton objectif ou t’es-tu égaré ? Égaré en faisant de cette relation actuelle, ou de cet emploi ton objectif en dépit de ton objectif premier ?

Il y a des décisions difficiles à prendre. Mais saches que plus tu voudras te rapprocher de ton but et plus tu devras faire des tris dans ce qui est susceptible de te freiner.

Vis passionnément et fais les choix qui te rapprocheront de la destination de ton choix. Prendre le Pouvoir, c'est assumer ses désirs et ses rêves et ne pas les étouffer au profit de normes et de principes.

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